Introduction :
Le théâtre de la consommation
En restauration, la prestation peut être comparée
à une pièce de théâtre. Le succès de
la représentation est conditionné par plusieurs éléments
essentiels qui doivent être parfaitement maîtrisés
: l'espace, c'est à dire la scène, le décor qui vient
l'habiller, les acteurs qui interprètent la pièce en respectant
une mise en scène.
En cuisine, les locaux et le matériel conditionnent la prestation.
Le personnel doit se conformer aux règles de fonctionnement préétablies.
En restauration, comme au théâtre, les facteurs à
maîtriser se ressemblent : le Milieu ( les locaux), le Matériel,
la Main-d'oeuvre, la Matière (matières premières,
produits finis) et les Méthodes (règles de fonctionnement)
représentent les "5 M", selon un raccourci mnémotechnique
classique.
Ces cinq facteurs sont liés entre eux, à l'image des maillons
d'une chaîne au sein de laquelle la faiblesse d'un élément
n'est pas compensée par le renforcement d'un autre. Cette notion
illustre la nécessité de la cohérence de la prestation.
Le personnel est le facteur déterminant de la sécurité
sanitaire. Son état de santé, sa compétence et sa
sensibilisation aux aspects liés à l'hygiène sont
des éléments fondamentaux : l'hygiène est une construction
à laquelle chacun apporte sa propre pierre. Aucune n'est à
négliger et toutes doivent être travaillées au bénéfice
du résultat final. Le fonctionnement général, l'organisation
du travail en cuisine, est primordial : basé sur le respect des
bonnes pratiques professionnelles, il doit suivre les règles édictées
par le GBPH (1) , notamment l'application des principes
de l'HACCP (2) .
Quand on conçoit une cuisine destinée
à la restauration collective, on se doit de respecter 3 principes
fondamentaux
1. La marche en avant :
De l'arrivée des matières premières à la sortie des produits finis, l'ensemble
des opérations effectuées en cuisine peut être divisé en étapes distinctes,
correspondant chacune à une opération individualisée pouvant faire l'objet
d'un protocole spécifique. Par exemple, le contrôle à réception, le stockage
des surgelés, le dressage des préparations froides, le refroidissement
rapide des plats chauds ou l'élimination des restes
Ces différentes
étapes se succèdent dans le temps. Depuis l'entrée dans les locaux jusqu'au
départ vers le lieu de consommation, les denrées doivent progresser selon
le principe de la "marche en avant", c'est à dire sans jamais
effectuer de retour en arrière, susceptible d'induire des contaminations
croisées entre produits "propres" (produits cuits, assainis,
prêts à consommer
) et produits "sales" (produits bruts,
matières premières non préparées
) ou de contaminer des produits
sensibles (produits finis non protégés dans un environnement à risque
: légumerie, stockage épicerie, etc.). Le principe de la marche en avant
est universel et doit impérativement être respecté.
2. La séparation des secteurs :
En fonction du degré de contamination des produits qui y circulent, les
différents locaux d'une cuisine de préparation peuvent être séparés schématiquement
en deux secteurs un secteur souillé où séjournent des produits bruts ou
encore emballés, et un secteur sain dans lequel ces produits ne peuvent
pénétrer (1) . La séparation nette entre les zones
chaudes (cuisson, préparation
) et les zones froides (dressage des
entrées
) facilite le maintien à température réglementaire des produits
: en-dessous de 4°C pour les préparations froides et au-dessus de 63°C
pour les préparations chaudes.
(1) Les risques de contaminations croisées sont
également à lorigine de cette interdiction.
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3. Le non-entrecroisement des courants de circulation
:
Plusieurs courants de circulation peuvent être matérialisés
au cours du travail de préparation des repas en cuisine : les matières
premières (réception, stockage
), les produits finis
(préparation, stockage, service
), les déchets (matières
premières, préparation, restes de repas
), le matériel
(stockage, utilisation, nettoyage
) et le personnel qui, par définition,
utilise l'ensemble des locaux. L'organisation des locaux doit être
conçue de façon que ces circuits se croisent le moins possible.
Le corollaire de ces trois règles est de pouvoir disposer de locaux
suffisamment vastes, ce qui n'est, hélas, pas toujours le cas en
restauration scolaire.
Lorsque ces règles sont inapplicables
on peut, exceptionnellement, y déroger
La nouvelle approche réglementaire européenne, déclinée
au plan national par l'arrêté ministériel du 29/09/97,
laisse la possibilité de compenser certains défauts de conception
des locaux par des procédures de fonctionnement. L'exemple le plus
fréquent concerne la marche en avant : lorsqu'il est impossible,
matériellement, de la respecter dans l'espace, une succession des
diverses opérations dans le temps peut être organisée
moyennant le strict respect d'une procédure pré-établie
(ex : sortir les poubelles, en fin de service dans des sacs étanches
et fermés, en traversant un secteur "propre" avant les
opérations de nettoyage/ désinfection).
Ces procédures ont pour effet de faire peser sur le personnel des
charges supplémentaires : elles doivent rester exceptionnelles,
lorsqu'un aménagement des locaux s'avère impossible.
La restauration collective exige l'utilisation
d'un matériel spécifique
La restauration collective est un domaine professionnel
: le matériel utilisé doit répondre à des
exigences techniques et sanitaires auxquelles les équipements domestiques
ne sont pas soumis (2). Pour cette raison, le prix
de ces matériels est sans commune mesure avec celui de l'électroménager
familial. L'organisation du travail impose la compatibilité des
matériels entre eux : il est notamment indispensable que les différents
contenants puissent s'adapter aux fours, cellules de refroidissement ou
échelles de stockage, etc (3).
Les matériels doivent faire l'objet d'un entretien physique (contrats
de maintenance) et hygiénique (nettoyage/ désinfection)
rigoureux et planifiés.
Il n'y a pas de désinfection possible
sans nettoyage préalable
Le nettoyage a pour but de rendre propre en éliminant les
souillures physiques et chimiques (protéines, matières grasses,
incrustations). Il associe des opérations physiques (balayage,
raclage, brossage
) et chimiques (détergents pour éliminer
les graisses, acides pour le détartrage
). Un bon détergent
allie plu-sieurs qualités : solubilité, absence d'effet
corrosif et de toxicité, facilité de rinçage, stabilité
au stockage, pas de dangers par contact
La désinfection a pour but la destruction des microorganismes
nuisibles contaminant les surfaces. Elle associe un traitement physique
(eau chaude, vapeur d'eau sous pression
) et des traitements chimiques
(désinfectants). Un bon désinfectant associe un pouvoir
bactéricide à l'absence d'effet corrosif de toxicité
et de résidus après rinçage. L'efficacité
de la désinfection dépend de plusieurs facteurs : le résultat
du nettoyage préalable, le type de surface à désinfecter,
la population microbienne à détruire, la nature et la concentration
du produit utilisé, la durée du contact, la température
de la solution, les caractéristiques de l'eau (dureté, acidité),
etc.
Une opération de nettoyage-désinfection bien conduite
s'effectue en sept étapes successives :
1 - élimination physique des grosses
souillures,
2 - lavage à l'eau froide ou tiède,
3 - nettoyage à l'aide d'un détergent adapté
au type de matériaux et de matériels concernés,
4 - rinçage à l'eau chaude,
5 - désinfection à l'aide d'un pro-duit adapté.
Il existe sur le marché des gammes complètes de produits
lessiviels, y compris des produits combinant plusieurs opérations.
Tous doivent être agréés pour un usage agroalimentaire
(surfaces au contact des aliments),
6 - rinçage éventuel (en fonction du désinfectant
utilisé et du contexte),
7 - égouttage éventuel (pour le matériel,
qui ne s'essuie pas afin d'éviter les contaminations).
(2) La norme NF Hygiène Alimentaire
témoigne de la conformité de ces matériels à
la réglementation en vigueur.
(3) Tous les bacs de type "Gastronorme" sont des déclinaisons
du type "1/1 GN" de dimension standard 530x325 mm.
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