Introduction :
Quand il faut gérer la crise
En restauration collective à caractère
social, la tâche des responsables n'est pas simple et l'enjeu est
d'importance. Le souci constant de la maîtrise de la sécurité
sanitaire et la déclinaison quotidienne des outils de prévention
ne constituent pas pour autant une assurance absolue contre la survenue
d'accidents : les toxi-infections alimentaires collectives, les TIAC,
sont les plus redoutés d'entre eux. Lorsqu'ils se déclarent,
des règles strictes existent et il convient de les suivre avec
rigueur. Les procédures d'alerte doivent être clairement
définies de façon à pouvoir les appliquer sans dysfonctionnements.
Malheureusement, la crise se profile bien souvent, tant il est rare qu'une
gestion prévisionnelle ait été mise en place, notamment
en matière de communication. Sur le plan juridique, la responsabilité
des gestionnaires pourra être recherchée, la collectivité
étant susceptible d'être mise en cause, pour faute directe
ou pour défaut de contrôle de l'activité d'un délégataire.
Pour dégager sa responsabilité ou en minimiser la portée,
le gestionnaire doit être capable de démontrer qu'il assure
la maîtrise de la sécurité sanitaire. La documentation
du système, particulièrement les enregistrements, et les
éléments de traçabilité trouvent, alors toute
leur justification.
Même dans les établissements
les mieux tenus un accident peut toujours arriver
Différents problèmes sanitaires sont susceptibles de survenir,
qu'il s'agisse d'accidents ou de maladies. Certains n'ont aucun rapport
avec l'alimentation, même si la tentation est parfois grande d'imputer
la faute à la restauration collective dès l'apparition de
troubles digestifs parmi les convives (les gastro-entérites virales,
de nature épidémique, sont fréquentes (1)
).
Il existe toutefois un danger redouté par tout responsable d'un
service de restauration : la toxi-infection alimentaire collective
(TIAC) (2) . Quelles
que soient les précautions prises lors de l'achat des matières
premières, la préparation des repas et le service, le risque
toxi-infectieux existe. Malheureusement, les accidents se produisent également
dans les établissements les mieux tenus
Que faire si le pire
intervient ?
La priorité absolue est d'assurer la prise en charge médicale
des malades et d'alerter les autorités.

Qui alerter en cas d'urgence.
En vertu du décret n° 86-770 du 10 juin 1986 (J.O. du 14 juin
1986), les toxi-infections alimentaires collectives figurent dans la liste
des maladies à déclaration obligatoire. L'article L.12 du
code de la santé précise que la déclaration à
l'autorité sanitaire est obligatoire "d'une part, pour
tout docteur en médecine qui en a constaté l'existence,
d'autre part, pour le principal occupant, chef de famille ou d'établissement,
des locaux où se trouve le malade". Le schéma d'alerte
d'une TIAC dans un établissement de collectivité a été
Codifié (3) .
Le responsable de l'établissement doit :
- prévenir immédiatement le médecin
de l'établissement ou un médecin traitant (ou un service
médical d'urgence)
- recenser les malades et les symptômes. Noter
date et heure des premiers symptômes et leur nature
- déclarer la TIAC aux autorités médico-administratives
: le médecin des actions sanitaires de la Direction départementale
des affaires sanitaires et sociales (ou le médecin du service
communal d'hygiène et de santé, l'ingénieur sanitaire,
le médecin du travail, le médecin de santé scolaire
)
la direction départementale des services vétérinaires
qui avertit la direction départementale de la concurrence,
de la consommation et de la répression des fraudes (4)
.
SURTOUT NE RIEN JETER, MAIS :
- consigner et conserver au froid les restes de matières
premières et de denrées servies aux convives. A
noter que cette opération est du ressort du responsable de
la restauration ; l'obligation de conserver des plats témoins
(5) en cuisine
sous régime du froid pendant cinq jours trouve ici sa pleine
justification.
- prélever selles et vomissements. Cette dernière
mission, bien que peu agréable, est très importante.
Elle permettra d'établir, éventuellement, un lien de
causalité entre un aliment et les malades en identifiant la
même souche microbienne.
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L'enquête devra répondre
à de nombreuses questions
Les services officiels vont s'attacher à confirmer ou infirmer
la suspicion de TIAC. En principe, la DDASS inter-viendra pour les aspects
médicaux (symptômes, enquête de consommation
)
la DDSV pour tout ce qui concerne l'alimentation et la prépara-tion.
L'enquête devra répondre à plusieurs questions :
- S'agit-il d'une anadémie ou d'une épidémie
?
Autrement dit, est-on en présence d'une maladie dont l'origine
est une source commune, unique et sans cas secondaires (tous les malades
ont consommé le même repas) ou bien assiste-t-on à
une propagation d'individu à individu ? (ex : gastro-entérites
virales). La courbe épidémique et la localisation des
malades permettront de répondre.
- S'il s'agit d'une anadémie, l'alimentation et plus
précisément la restauration collective, est-elle en
cause ?
Dans une collectivité de type fermé, où les repas
sont pris en commun, l'enquête est facilitée. Une enquête
de type " cas / témoins " effectuée auprès
de malades et de non malades dans l'établissement permet de
déterminer s'il y a corrélation entre la fréquentation
du restaurant collectif et la maladie. Ce n'est pas une évidence
dans la mesure où il existe d'autres points communs entre les
convives (participation à des activités extérieures,
liens familiaux, etc.) Un interrogatoire clinique et alimentaire sert
de base à cette enquête. Le responsable d'établissement
doit faciliter le travail des enquêteurs.
- Quel est le repas en cause ?
Compte tenu des temps d'incubation extrêmement variés
selon les agents infectieux (de moins d'une heure à plusieurs
jours), le repas à l'origine des troubles n'est pas obligatoire-ment
le dernier à avoir été pris en commun. Il est
toutefois possible de préciser le repas responsable, à
condition de connaître le temps écoulé entre les
premiers et les derniers cas apparus (6) . D'où
l'importance des renseignements relevés par les responsables
d'établissements.
- Quel est le plat en cause ?
Une enquête de consommation auprès des malades permettra
de mettre en évidence, dans le meilleur des cas, le plat responsable
de l'intoxication. Plus le repas suspect sera éloigné
dans le temps, plus le questionnaire prendra en compte un nombre de
repas important.
- Quel est le type de germe responsable ?
La description clinique globale des cas (vomissements, diarrhées,
fièvre, nausées, douleurs, pertes de connaissance, etc.)
peut fournir de précieux indices. Ils ne seront vérifiés
que par la mise en évidence du même microbe, à
la fois dans le plat témoin correspondant au repas incriminé
et dans les selles ou vomissements des malades. Ce cas de figure est
malheureusement rare, dans la mesure où les plats témoins
n'existent pas toujours (au-delà de cinq jours) et ne sont
pas toujours exploitables ou représentatifs (quantité
conservée insuffisante, portion non contaminée, etc.).
D'autre part, l'analyse microbiologique a ses propres limites et ne
permet pas toujours de retrouver la bactérie présente
dans le prélèvement (7)
.
Cette enquête épidémiologique doit être
complétée par des investigations destinées à
répondre à la question que tout le monde se pose :
- Comment l'accident a-t-il pu se produire ?
Une étude de la chaîne alimentaire est réalisée,
afin de déterminer l'origine de la contamination du produit
resposable de l'accident (première faute) et les conditions
ayant éventuellement permis la multiplication du microbe et/ou
la production de la toxine (deuxième faute) (8) .
(3) "Hygiène alimentaire : toxi-infections alimentaires
collectives" édition du Journal Officiel de la République
Française, 26, rue Desaix, 75727 Paris cedex 15.
(6) On estime que la durée moyenne d'incubation est du même
ordre que le délai entre l'apparition du premier et du dernier cas,
sauf s'il s'agit d'une source continue de contamination.
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Quelles seront
les conséquences éventuelles ?
Que la suspicion de TIAC soit confirmée ou non,
la première conséquence sera la visite des services vétérinaires
sur le site de préparation et de distribution des repas. Dans le
meilleur des cas, le responsable sera capable de démontrer sa maîtrise
de la sécurité sanitaire. En revanche, si la faute de l'exploitant
est démontrée ou si aucune preuve de sa maîtrise ne
peut être avancée (absence d'auto-contrôles, d'enregistrements
de températures, de plan HACCP, de plan de nettoyage/désinfection,
de plan de formation, etc.) des sanctions pourront être prises :
avertissement, fermeture temporaire (possible même en restauration
scolaire). En cas de manquements graves ou si les conséquences
médicales sont importantes, le dossier pourra être transmis
au Procureur de la République pour d'éventuelles sanctions
pénales. Si un aliment a été incriminé, une
enquête auprès des fournisseurs sera également diligentée.
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