Culture & Patrimoine

Le squelette

Héroard, Hippostologie, 1599

   Jean Héroard (1551-1628), nommé «médecin en l’art vétérinaire de la grande écurie du roi Charles IX» vers 1574, est le premier à décrire très précisément les reliefs des os du cheval. C'est par ailleurs la première fois que le mot vétérinaire est employé en français. Son Hippostologie (1599), encouragée et commanditée par le roi, aurait dû être le premier volume d’une suite d’ouvrages décrivant toute l’anatomie de ce noble animal, mais sa nomination en tant que médecin du roi Henri III, puis de ses successeurs Henri IV et Louis XIII, empêcha la poursuite du projet.

Pierre-Louis Rouillard, Squelette de cheval arabe en plâtre, échelle 1/5e, 1868

   L'Hippostologie témoigne donc bien que l'intérêt pour l'anatomie du cheval existait déjà à la fin du XVIe siècle. L'ouvrage est d’une grande précision et est orné de belles planches, détaillées et réalistes. On remarquera la ressemblance frappante de la planche tirée de l'œuvre de Héroard et ce petit squelette en plâtre du XIXe siècle, exposé au musée Fragonard.

   Son contemporain britannique, Gervase Markham (c.1568-1637), lettré et polyglotte, est un militaire dans l'armée du roi Charles Ier. C'est lui qui entraîne un des premiers chevaux arabes introduits en Angleterre. A partir de 1600, il se lance dans l’écriture et publie une trentaine de livres qui ont trait aux divers domaines auxquels il s'intéresse : la poésie, l’agriculture, l’équitation, la médecine vétérinaire, l’instruction militaire, la chasse et la fauconnerie.

Markham, Le nouveau et sçavant mareschal, 1666 (texte original de 1610)

   Ses œuvres les plus connues sont la Cavalerie (1607), et le Markhams Maister-peece, édité en 1610 et traduit en 1666 sous le titre du Nouveau et sçavant mareschal. Bien que, selon certains critiques, Markham aurait plagié d’autres auteurs pour écrire ses livres, il n’en demeure pas moins que son succès a été considérable et que son œuvre a marqué le siècle : le Nouveau et sçavant mareschal était toujours en usage courant au XIXe siècle et a été réédité au moins vingt fois entre 1615 et 1734.

  

   La planche ci-dessus montre bien à quel point les connaissances anatomiques des hippiatres étaient jusque-là limitées ; on est frappé par la différence avec le squelette issu de l'ouvrage de Héroard, pourtant paru onze ans plus tôt, surtout dans le rendu et le détail: on peut logiquement supposer que Markham n'avait pas alors encore pris connaissance du traité de son confrère français.

Lafosse, Cours d'hippiatrique, 1772

   La nécessité de créer un enseignement raisonné de la médecine vétérinaire ne devient une évidence que dans les années 1750, et la première école vétérinaire est créée en 1762 à Lyon par un écuyer, Claude Bourgelat (1712-1779), très en vue dans les domaines de l’équitation et de l’hippiatrie. C'est cependant une autre personnalité remarquable, rivale de Bourgelat, Philippe-Etienne Lafosse (1738-1820) qui va laisser le témoignage écrit le plus impressionnant, grâce notamment à son Cours d'hippiatrique ou Traité complet de la médecine des chevaux (1772) dans lequel il étudie l’anatomie du cheval et la médecine équine.

Goiffon et Vincent, Mémoire artificielle des principes relatifs à la fidèle représentation des animaux tant en peinture qu'en sculpture. Première partie concernant le cheval (1779)

   Ci-dessus une planche issue du Lafosse ; ci-contre, à la même époque, un autre squelette de l'ouvrage de Goiffon et Vincent (1779).