Culture & Patrimoine

Les muscles

   Publié un an avant l'ouvrage de Héroard, l'Anatomia del Cavallo infermita et suoi remedii (L'Anatomie du cheval, ses maladies et ses remèdes) de Carlo Ruini (1530-1598), grâce à la richesse de ses illustrations, a connu un bien plus grand succès  auprès des historiens de l'anatomie que l'Hippostologie. D'une certaine manière, c'est cette oeuvre du natif de Bologne qui marque le début de la Renaissance en médecine vétérinaire. Ruini, en plus de sa magistrature de sénateur, s’intéresse ainsi à l’univers du cheval et à ses différentes races.

  

   Dans cet ouvrage (paru à titre posthume en 1598), il décrit pour la première fois l’anatomie équine et étudie les organes ainsi que la distribution des systèmes circulatoire et nerveux. C'est le premier traité à se concentrer exclusivement sur l'anatomie d'une espèce autre que l'homme. Du fait de l'exceptionnelle qualité pour l'époque des illustrations, certains historiens ont avancé que les gravures avaient été réalisées d'après des dessins des frères Carrache, de l'atelier du Titien voire de Léonard de Vinci lui-même.

 

Ruini, Anatomia del Cavallo, 1598 (rééd. 1618)

   Même si ses descriptions anatomiques sont en réalité imparfaites et révèlent certaines erreurs, son œuvre, qui marque un tournant dans l’étude de l’anatomie et des pathologies du cheval, a été très fréquemment plagiée par ses successeurs. L’Anatomia del cavallo eut ainsi un très grand succès avec plusieurs rééditions et reste l’ouvrage de référence jusqu’à la parution de l’Histoire Naturelle de Buffon en 1754, suivie des traités de Bourgelat et surtout du Cours d’Hippiatrique de Lafosse en 1772.

Lafosse, Cours d'hippiatrique, 1772

   On peut comparer cette gravure (ci-dessus) avec ce cheval représenté dans une posture similaire dans le Cours d'hippiatrique de Lafosse précédemment mentionné. Il s'agit d'un magnifique ouvrage in-folio avec soixante-cinq planches gravées d’une grande qualité scientifique, grâce à la connaissance de l’auteur de la pratique de la dissection. Il y relève ainsi les erreurs commises par Bourgelat dans les Elémens d’hippiatrique et les Elémens de l’Art vétérinaire. La partie sur l'anatomie du cheval est sans aucun doute la meilleure à avoir été publiée sur le sujet jusqu'alors, elle a fait gagner à Lafosse une réputation fabuleuse en Europe.

Stubbs, The anatomy of the horse, 1766

   Quant à George Stubbs (1724-1806), il s'est fait un nom internationalement en réalisant une investigation minutieuse et d'une précision sans précédent de ce qui se trouve sous la peau du cheval.

Fragonard, Myologie de l'homme et du cheval, 1765

  Ces myologies présentées dans les livres anciens trouvent leur équivalent en trois dimensions au musée Fragonard avec par exemple ce fameux «écorché» de Fragonard représentant un homme sur son cheval...

Myologie du cheval grandeur nature, plâtre coloré par Petitcolin

...le moulage grandeur nature de Petitcolin...

Anatomie clastique du cheval réalisée par le docteur Auzoux, papier mâché coloré

   ...ou encore cette anatomie clastique du docteur Auzoux.