Culture & Patrimoine

Le cheval et les artistes

La connaissance anatomique comme enjeu

George Stubbs (1724-1806)

  

   George Stubbs est le plus doué des peintres animaliers anglais, surnommé « le peintre des chevaux ». Il est très apprécié pour son sens de l'observation et du détail. Ses peintures sont renommées, et cela grâce à sa parfaite connaissance de la morphologie du cheval (due entre autres aux dissections qu'il a effectuées pendant près de 18 mois). Stubbs n'a toutefois été regardé que comme un simple peintre de chevaux par ses contemporains, l'art équestre étant alors vu comme un sujet de second plan. Ce n'est qu'au XX e siècle qu'on rétablit son talent et sa réputation, et qu'on le reconnaît comme un des grands maîtres du XVIIIe.

Stubbs, The anatomy of the horse, 1766

  Il apprend à graver afin de pouvoir exploiter ses propres dessins ; il ne parvenait en effet pas à trouver de professionnel qui comprenne ses dessins anatomiques assez bien pour les graver correctement. Passionné par l'anatomie, Stubbs se rendit à l'hôpital de York de 1745 à 1751 puis illustra des manuels de médecine. Il s'installa ensuite à Londres et publia The anatomy of the horse en 1766, l’année même de la création de l’École vétérinaire d'Alfort. Il y présente les différents plans anatomiques d’un cheval figuré à l’arrêt, dans la position du trot et sous plusieurs angles de vue. C’est, après Ruini, une des premières représentations de l’anatomie du cheval. Ici un écorché montre le cheval au trot, avec ses muscles et vaisseaux sanguins superficiels.

Jacques-Nicolas Brunot (1763-1826)

Brunot, Etudes anatomiques du cheval, s.d.

   Cette question de la vraisemblance dans la représentation du cheval est au coeur des problématiques artistiques. Voici ce qu'écrit l'Inspecteur général des écoles vétérinaires Jean-Baptiste Huzard à propos de l'ouvrage du sculpteur Brunot, Études anatomiques du cheval, utiles à sa connaissance intérieure et extérieure, à son emploi et à sa représentation relativement aux arts (s.d.) :

« Monsieur Brunot, ayant le goût et le désir de modelé des animaux domestiques, surtout le cheval, s'est aperçu aussitôt qu'il manquait aux personnes qui se livraient à cette étude, des modèles qui puissent les guider et les empêcher de commettre des erreurs anatomiques, qu'on ne rencontre que trop souvent dans les œuvres mêmes des grands maîtres. Il a voulu, au moyen de dessins réguliers, leur éviter des travaux de dissection souvent pénibles et si différens (sic) de ceux auxquels ils se livrent habituellement. [...] Ses dessins l'emportent sur ceux qui ont été faits antérieurement, et ils se placent à côté de ce qu'il se fait de mieux aujourd'hui. Pour leur donner toute l'exactitude requise, c'est à l'École vétérinaire d'Alfort que Monsieur Brunot a fait les siens ; et d'après les préparations mêmes des professeurs ou d'après des préparations faites sous leurs yeux ; aussi présentent-ils une grande précision » (Bulletin des sciences médicales, V, 1825).

Brunot, Etudes anatomiques du cheval, s.d.

   Brunot introduisait une nouvelle dimension en retravaillant les moulages pour leur donner plus de netteté et assurer leur fonction essentielle, celle de supports didactiques pour les vétérinaires comme pour les artistes. La connaissance anatomique fait en effet figure d'enjeu : pour les tenants du néoclassicisme, elle est le support et le critère de l'imitation de l'antique.

Brunot, muscles et tendons du membre postérieur du cheval, plâtre coloré

   Ci-contre un moulage des muscles et tendons du membre postérieur du cheval réalisé par Brunot et exposé au Salon en 1817, aujourd'hui conservé au musée Fragonard.