Culture & Patrimoine

Médecines et traditions

   Cette médecine, écrite et publiée, s’oppose aux croyances qui imprègnent les classes populaires. En effet, au XVIIe siècle il est courant d’attribuer les maladies des animaux à des sortilèges ; leur traitement ne peut alors être administré qu’en présence d’un « sorcier » ou autre rebouteux, quand ce n’était pas un membre du clergé qui œuvrait. Les bergers ont également un rôle très important car leur vie proche de la nature et leur connaissance des animaux leur confèrent un aspect mystérieux. Enfin, de nombreuses recettes complexes sont transmises de bouche à oreille. Des actes chirurgicaux sont ainsi pratiqués et justifiés par ces croyances populaires : par exemple, la coutume était d’arracher le frein de la langue sur les chiens, afin de les préserver de la rage.

Les humeurs

Thurnheisser, Quinta essentia, Leipzig, 1574 ©BIU Santé Médecine

   La formalisation de la médecine du cheval s’accompagne de son rapprochement, à défaut de son alignement, sur la médecine humaine. Comme cette dernière est alors fondée sur la théorie des humeurs, c’est tout naturellement que Solleysel et Markham plaquent sur les pratiques médicales vétérinaires ces conceptions héritées de la médecine antique : le corps est considéré comme un assemblage de liquides (les humeurs) et de solides (les membranes, les os, les parois des vaisseaux et la chair).

  

   Les quatre humeurs, la bile jaune, la bile noire ou atrabile, le sang et la pituite, s'y côtoient et sont en équilibre avec les quatre éléments, respectivement le feu, la terre, l’air et l’eau. Ainsi l'être vivant interagit avec l’Univers, et ne peut donc être considéré sans prendre en compte cette inter-relation. Selon la prédominance de ces éléments, quatre tempéraments vont être associés avec les différentes humeurs : le flegmatique (pituite), le sanguin (sang), le mélancolique (bile noire) et le colérique (bile jaune).

  

   C’est pourquoi l’examen clinique reposait, pour une grande part, sur le recueil du climat, de l’âge de l’animal, du tempérament, de la saison etc. Cela permettait d’expliquer le déséquilibre entre humeurs (appelé aussi dyscrasie), supposé être à l’origine de la maladie.

Ruini, Anatomia del cavallo, 1598 (rééd. 1618) ©VetAgro Sup

   La planche ci-contre illustre  la conception galénique (de Galien, médecin grec du IIe siècle) : les veines naissent du foie et transportent le sang et les humeurs produits par l'organe jusqu'aux extrémités des vaisseaux, où le sang se transforme alors en substance corporelle, avec production de déchets (sueur et crasse).

La saignée

Flammes à saignée, musée Fragonard

   La saignée était liée à la théorie des humeurs. Comme chez l'homme, elle constituait chez l'animal le moyen de faire sortir les humeurs néfastes accumulées dans le corps.

   Elle était pratiquée à titre curatif ou préventif. La veine choisie était comprimée pour la dilater et percée avec une lancette ou avec une flamme. Le sang était ensuite recueilli, sa couleur, son aspect étaient observés avec attention, puis il était goûté : un sang amer était considéré comme "bilieux", un sang insipide comme "pituiteux". 

  

   Cette pratique de la saignée chez l'animal restera très répandue jusqu'au début du XXe siècle.