Culture & Patrimoine

La morve, un fléau

  La morve est une maladie infectieuse causée par une bactérie qui touche essentiellement l’appareil respiratoire et affecte de préférence les chevaux. Le cheval atteint de la forme chronique présentait souvent un écoulement nasal avec des filets de sang, tandis que dans une autre forme de la maladie, de volumineux abcès, nommés « farcins », pouvaient se former. La maladie, très contagieuse, a aujourd'hui disparu d'Europe occidentale.

Lafosse (père), Traité sur le véritable siège de la morve des chevaux et les moyens d'y remédier, 1750 ©VetAgro Sup

   De nombreux traités ont été écrits au sujet de la morve aux XVIIIe et XIXe siècles, tel que celui du père de Philippe-Etienne Lafosse, Etienne-Guillaume. Ce dernier établit que le siège de cette maladie se trouve dans la membrane pituitaire, c'est-à-dire la muqueuse des fosses nasales, et démontre que selon lui le trépan constitue le meilleur moyen d'appliquer les remèdes par l'intermédiaire d'une seringue, tel que légendé ci-contre en H : "Dans la tête entière, fait voir l'endroit où il faut faire l'égoût dans la partie la plus basse du sinus, pour donner issue à la matière morveuse qui sera ainsi chassée par l'injection" (p.31).

   Lafosse fils reprendra et complétera les théories de son père sur la morve dans son Guide du Maréchal (1766).

Richir, Coupe de tête du cheval : lésions de morve, aquarelle sur papier, musée Fragonard

   Ci-contre un des rares exemples de reproduction des lésions de morve montrant les ulcérations du septum nasal.

Specimen de la morve chez l'homme, cire colorée

   La morve était également transmissible à l’homme, comme le prouve ce masque mortuaire d'un étudiant vétérinaire, décédé en 1836 après l'avoir contractée en se coupant lors d'une autopsie de cheval. Ce moulage en cire est l'un des rares qui furent réalisés par Petitcolin avant qu'il ne se mette à utiliser le plâtre.

  

   Au cours du XIXe siècle, l’École vétérinaire d'Alfort était un des fiefs des théories « non contagionistes » : on supposait que le germe de la maladie était propre à chaque individu et ne se développait que dans des conditions de stress et de faiblesse générale de l’organisme. La possibilité d'un transfert de la maladie à l'homme ou d’un animal à l’autre et donc de contagion n'était pas admis, coûtant ainsi de nombreuses vies humaines et équines. Il faudra attendre les travaux de Pasteur dans la seconde moitié du siècle pour que l’École se rallie aux théories microbiennes.