C’est grâce à sa salive que la tique s’accroche et se nourrit du sang de son hôte, pouvant transmettre des agents pathogènes. Une équipe internationale de recherche coordonnée par INRAE, et impliquant l’Anses, l’EnvA et l’université d’Orléans a mené une étude pionnière qui met en évidence 2 voies de signalisation neuronale complémentaires impliquées dans la salivation, qui peuvent être bloquées par différentes substances. Des travaux publiés dans Nature Communications.

 

Les tiques sont des vecteurs majeurs de maladies infectieuses affectant les animaux et les humains. Leur capacité à rester fixées à un hôte et à se nourrir de sang pendant plusieurs jours repose sur leur salive, qui empêche la coagulation du sang et réduit les défenses immunitaires de l’hôte.

Les travaux antérieurs sur la salive des tiques s’étaient principalement concentrés sur l’identification des composants de la salive et la caractérisation de leurs effets sur l’hôte et sur la transmission des pathogènes. Une question demeurait : comment la tique contrôle sa salivation ?

Pour y répondre, une équipe internationale de recherche coordonnée par INRAE, et impliquant l’Anses, l’EnvA et l’université d’Orléans, a étudié la manière dont le système nerveux contrôle l’activité des glandes salivaires chez Ixodes ricinus, principale espèce de tique vectrice en Europe de la maladie de Lyme et de l’encéphalite à tiques.

La tique salive grâce à un double contrôle de son système nerveux

À l’aide de modèles informatiques et de techniques de microscopie, les scientifiques montrent que le système nerveux de la tique contrôle avec précision l’activité des glandes salivaires au cours du repas sanguin grâce à 2 voies de signalisation distinctes mais complémentaires, impliquant des récepteurs sensibles au neurotransmetteur acétylcholine. Pour déterminer le rôle respectif de ces voies, les scientifiques ont testé sur des ovaires de hamsters chinois, 37 substances, dont la pilocarpine et l’atropine[1], et ont identifié des composés capables d’activer ou de bloquer l’un ou l’autre des récepteurs ou les deux. Les résultats montrent qu’une voie pilote la sécrétion continue du fluide salivaire, et que la coopération des deux voies est nécessaire pour produire le cocktail salivaire complet, incluant des protéines essentielles au repas sanguin. Ce double contrôle permet à la tique d’ajuster finement la quantité et la composition de sa salive lorsqu’elle est fixée à un hôte.
[1] Qui sont des alcaloïdes.

Une avancée majeure de cette étude est la démonstration chez des tiques femelles que l’acétylcholine elle-même, un composé naturellement présent chez la tique, est un puissant stimulateur naturel de la salivation. Fait important, l’un des récepteurs identifiés est spécifique aux invertébrés et non seulement absent chez l’humain, mais aussi chez d’autres mammifères, ouvrant la voie à des stratégies ciblées pour perturber l’alimentation des tiques sans effet indésirable pour l’hôte.

Mieux comprendre l’ennemi pour développer des interventions efficaces


L’inhibition de la salivation constitue une étape clé pour bloquer à la fois le repas sanguin et la transmission des pathogènes. Cibler le système nerveux de la tique et ses connexions avec les glandes salivaires représente ainsi une piste particulièrement prometteuse pour de futures stratégies de contrôle. Ce travail de recherche fondamentale s’inscrit dans un principe simple : mieux comprendre l’ennemi permet de développer des interventions plus efficaces et plus sélectives. La compréhension de ces mécanismes, susceptibles d’être conservés chez différentes espèces de tiques à travers le monde, pourraient ouvrir la voie à des approches de contrôle à portée plus universelle.

Référence

Nìng C., J Valdés J., Mateos-Hernández L. et al. (2026). Two Types of Axonal Muscarinic Acetylcholine Receptors Mediate Formation of Saliva Cocktail in the Tick Ixodes Ricinus. Nature Communications, DOI: https://doi.org/10.1038/s41467-026-68654

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