Premier chat détecté porteur du SRAS-Cov-2 en France : la transmission de l’Homme au chat est rare mais la distanciation est recommandée

L’unité mixte de recherche en virologie de l’École nationale vétérinaire d’Alfort, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et de l’Inrae, en lien avec l’Institut Pasteur, a détecté le premier chat porteur du SRAS-CoV-2 en France. Comme pour des cas précédemment identifiés dans le monde, le chat vivait avec une personne malade du Covid-19.

La maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2) a été signalée pour la première fois à Wuhan, en Chine, et s’est rapidement propagée dans le monde entier. Des études antérieures ont suggéré que les chats pourraient être une espèce sensible au SRAS-CoV-2, avec seulement quatre chats naturellement infectés signalés à ce jour dans le monde.

L’unité mixte de virologie EnvA-Anses-Inrae a ici étudié l’infection présumée du SRAS-CoV-2 chez les chats de propriétaires suspectés d’être infectés par le COVID-19. Pour chaque chat, des prélèvements rectaux et nasopharyngés (nez et pharynx) ont été effectués. Ils ont été soumis à un test qRT-PCR ciblant deux gènes du SRAS-CoV-2. Cette étude s’est faite grâce à la participation des praticiens vétérinaires d’Ile-de-France et des réseaux professionnels.

Un chat a été testé positif par qRT-PCR sur prélèvement rectal, ce qui a été confirmé par le centre collaborateur de l’OIE à l’Institut Pasteur. Les écouvillons nasopharyngés de cet animal ont été testés négatifs. Ce chat présentait des signes cliniques respiratoires et digestifs.

Cette étude rapporte pour la première fois l’infection naturelle d’un chat en France (près de Paris), probablement par ses propriétaires. À ce stade des connaissances scientifiques, il semble que les chats ne sont pas aisément infectés par le virus SRAS-CoV-2 même en contact avec des propriétaires infectés comme l’a montrée une étude précédente sur les animaux des étudiants vétérinaires de l’EnvA. Toutefois, afin de protéger leur animal familier, il est conseillé aux personnes malades du Covid-19 de limiter les contacts étroits avec leur chat, de porter un masque en sa présence et de se laver les mains avant de le caresser.

Pour rappel, les chats ne sont pas considérés comme des acteurs de l’épidémie. Interrogée sur la transmission potentielle de la maladie Covid-19 par l’intermédiaire d’animaux domestiques, l’Anses a conclu dans un avis rendu début mars et complété le 20 avril qu’à la lumière des connaissances scientifiques disponibles, il n’existe aucune preuve que les animaux de compagnie et d’élevage jouent un rôle épidémiologique dans la propagation du virus SRAS-CoV-2.

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----------- Questions à Sophie Le Poder, professeure de virologie à l'EnvA, co-auteure de la publication

Slp


  • L'unité mixte de recherche en virologie EnvA-Anses-Inrae a détecté le premier chat porteur du SRAS-COV2 en France. De quelle manière ?
Après l'étude faite sur les animaux des étudiants vétérinaires qui ont été touchés par le Covid-19. Nous avons souhaité élargir notre enquête et avons fait appel à l'aide des praticiens d'Ile-de-France via les réseaux professionnals mais certains ont aussi fait remonter leur demande spontanément face à des chiens et chats présentant des symptômes respiratoires et en contact avec des propriétaires suspects d'avoir été infectés par le Covid-19. la mobilisation de ce réseau professionnel est essentiel pour ce type de recherche.

  • Quels tests ont-ils été réalisés ?
Nous avons effectué des Rt-qPCR spécifiques, la méthode la plus sensible pour détecter et quantifier l'ARN (acide ribonucléique), du SARS-CoV-2 sur les écouvillons rectaux et naso-pharyngés de ces animaux.

  • Combien de chiens et chats avez-vous testé au total ?
Nous avons été assez sélectifs dans notre recherche et avons testé une dizaine d'animaux bien ciblés.

  • Quel bilan peut-on en tirer ?
Il n'est pas forcément étonnant de retrouver un chat porteur de ce virus puisque cela a déjà été décrit, à Hong Kong (un cas), en Belgique (un cas) et à New York (deux cas) mais cela reste un phénomène rare puisque même en cherchant de manière pro-active, dans une région où le SARS-CoV-2 circule de manière importante, nous n'avons pour le moment détecté qu'un seul animal positif par Rt-qPCR seulement sur l'écouvillon rectal.

  • Que peut-on dire aux propriétaires d'animaux de compagnie ?
Il est important de rappeler que la transmission du SARS-CoV-2 est avant tout inter-humaine et qu'il n'y a aucun preuve que les animaux jouent un role dans la transmission du SARS-CoV-2 notamment à l'Homme. Il faut simplement prendre quelques précautions d'hygiène et de distanciation pour éviter que les animaux vivant en contact avec des personnes touchées par le covid-19, ne s'infectent.

>>> En savoir + : avis et recommandations de l'Anses

  • Des études se poursuivent-elles à ce sujet ?
Oui, nous maintenons notre surveillance, nous pourrons ainsi avoir une idée plus précise des animaux de compagnie qui ont pu être touchés par ce virus.

  • Vous participez à différents projets, l'unité de virologie est au cœur des actions de recherche actuelles ?
Différents projets sont en construction avec nos partenaires institutionnels, Anses, INRAE, Inserm et l'Institut Pasteur avec pour objet le développement de modèles animaux qui serviraient à étudier l'efficacité de traitements ou vaccins et de manière plus prospective nous aimerions comprendre plus finement les mécanismes de franchissement de la barrière d'espèces des coronavirus. Certains sont très spécifiques et spécifiquement adapté à leur espèce hôte, d'autres ont une capacité à changer d'hôte. Si l'on veut anticiper d'évenutelles émergences de coronavirus chez l'Homme ou les animaux domestiques, il faut étudier cette problématique.
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