Quand la science rencontre l'Art

Dans un travail de recherche original alliant biologie et art, des chercheurs de l’Anses (UMR BIPAR INRAE-Anses-EnvA) et de l’Institut de recherches SaBio (Espagne) explorent, avec l’aide d’artistes cubains, les interactions moléculaires d’une protéine des tiques avec les protéines cellulaires de l’hôte humain. Cette approche artistico-scientifique s’est traduite par des modélisations artistiques de ces interactions moléculaires sous forme d’œuvres picturales ou de partitions musicales. L’Anses invite ses lecteurs à ‘voir et écouter’ cette alliance de la science et de l’art illustrée dans ce travail exceptionnel publié récemment dans la revue scientifique Vaccines. 


Les travaux pionniers de Léonard de Vinci ont montré que l'art et la science peuvent collaborer dans différents domaines et ceci dans le but de mieux comprendre les défis scientifiques et de faire avancer la société. Du point de vue des chercheurs scientifiques, l'art leur rappelle le pouvoir de la curiosité qui est le moteur de toute recherche mais qui se perd souvent lors des étapes répétitives de la recherche scientifique. De même, l’art incite à poser des questions pertinentes et naïves, qualités indispensables pour mener des investigations scientifiques. L'art contribue également à mettre en évidence les préoccupations sociales abordées par les scientifiques.

C’est dans cette optique qu’un consortium de scientifiques de l’institut de recherches SaBio (Espagne), de l’Anses (UMR BIPAR INRAE-Anses-EnvA du Laboratoire de santé animale) et des artistes peintres et musiciens du Mexique ont mis leurs compétences en commun pour caractériser et modéliser des interactions moléculaires chez un ectoparasite : la tique. Dans l’étude publiée dans la revue scientifique Vaccines, les auteurs utilisent une approche pluridisciplinaire combinant à la fois des outils scientifiques et artistiques pour mieux appréhender des questions relatives aux interactions moléculaires entre protéines. Pour relever ce défi, les auteurs ont proposé une méthodologie originale utilisant comme modèle la caractérisation de l'Akirine (AKR) chez les tiques, et qui est une protéine impliquée dans l'interactome (ensemble des interactions moléculaires) des tiques et l’exploration de son rôle fonctionnel dans la régulation de la voie de signalisation NF-kB dans les cellules humaines. La collaboration entre les scientifiques et les artistes s’est concrétisée par deux résultats méthodologiques majeurs: (i) d’une part la production par les artistes peintres de tableaux présentant des propriétés auparavant inexplorées d’AKR, notamment en termes de dimérisation et d’assemblage et d’autre part (ii) la proposition d'un algorithme utilisant des ensembles musicaux basés sur AKR et sur les séquences des protéines en interaction, comme nouvelle méthode pour caractériser les interactions protéine-protéine.

L’utilisation de cette approche permet de faire progresser nos connaissances dans le domaine de l’interactomique en montrant notamment que la dimérisation / multimérisation des protéines AKR et leurs interactions physiques avec différentes protéines participent simultanément à la régulation de divers processus biologiques définis par des interactions AKR2-protéines spécifiques au type cellulaire et au rôle de ces interactions dans la régulation positive et négative de la voie NF-kB. De plus, la caractérisation de l'interactome AKR2 peut avoir des implications en vaccinomique en tant que nouvelle approche pour le développement de vaccins pour le contrôle des infestations vectorielles et de l'infection et la transmission d'agents pathogènes vectorisés. Cette étude confirme que la collaboration entre scientifiques et artistes peut avoir un impact positif sur l'avancement des connaissances en biologie, voire sur le développement de moyens de lutte innovants.

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